Et me voilà donc sortant de la magnifique bibliothèque de Brera (pas moyen de faire des photos à l’intérieur, zut, mais imaginez qu’elle est là depuis des siècles avec son stock de plafonds peints, de coursives en bois qui craque, de lustres immenses – aux ampoules économiques tout de même parce que 56 ampoules par lustre ça consomme mine de rien – etc.), et tout naturellement je me retrouve après quelques pas Via della Spiga.

Via della Spiga c’est la rue des boutiques de luxe. C’est a peu près une des dernières rues mignonnes et typiques de Milan, sublimée par les brands qui s’affichent plus ou moins discrètement : bon alors Tiffany pas de problème, classe comme toujours, Chopard, pas mal non plus, MiuMiu j’adooore - la petit sœur de Prada est aussi visionnaire que son aînée mais tellement plus fun - et puis au bout de Via della Spiga on peut même se faire coiffer : « Barbiere DG… »
« - DG ? »
Oui oui, un coiffeur spécialisé Dolce & Gabbana ! ça c’est Milan (même si je ne répéterai pas mes réserves sur D&G). Via della Spiga c’est un autre monde où on voit des adolescents de 14 ans sortir des boutiques chargés de shopping bags de toutes les grandes marques, où on sait plus très bien quelle langue on doit parler (russe et arabe sont les bienvenus), où on se croit dans les pages de Vogue.





Le problème avec Via della Spiga c’est que 1) on se sent moche quand on en sort parce qu’on n’est pas un mannequin de Vogue, mais surtout 2) quand on en sort justement on arrive sur une grande artère pas belle et bruyante, avec partout des pubs de Berlusconi et son Partito della Libertà (non mais j’hallucine !)... Alors faut faire quelques pas encore, croiser une vieille dame qui prouve qu’il n’y a pas d’âge et pas de marque pour être smart, et se retrouver Piazza San Babila.

Ici c’est le dernier bastion un peu trendy avant la ruée vers le Dôme. Juste au coin de la place y’a mon magasin favori, que certains d’entre vous connaissent ;-), le magasin d’Elio Fiorucci, « Love Therapy » . A côté de « Love Therapy », Dolce et Gabbana c’est Martin Luther en pleine Réforme. Ici, c’est fluo, flashy, trash, punk, glam, et tous les autres monosyllabes que Vanity Fair utilise, c’est le règne du nain de jardin hors-mode (y’avait quelques années le nain de jardin à la mode, mais celui-là est dépassé – ici le nain est éternel). En plus, juste à côté y’a la même boutique mais pour enfants, qui bizarrement a l’air plus soft…


Après quelques pas encore voilà une boutique qui vient de se déplacer (avant elle était dans une petite galerie à deux minutes) consacrée à Hello Kitty : la mode en ce moment ? Le bijoux en forme de pièce montée !
Bref attention les yeux : je pense que sur 100m² on vend 80% de la production de denim rose de l’Union Européenne.

En tout cas après tout ça, pas le choix, c’est direction le Dôme : pour ceux qui connaissent pas c’est un immense gâteau de marbre meringué rose et blanc (y’a même des traces de dents de japonais qui ont essayé de le manger, y sont cons parfois les japonais…). Alors pour le rendre beau, puisque c’est ma devise aujourd’hui, autant attendre la tombée du soir. Quand la Madone au sommet s’allume c’est plus mignon, ça donne une impression de phare dans la nuit. La Madonnina c’est le symbole de Milan – ce que la Ciccone est au monde gay en somme : elle les guide, elle les faits se sentir à la maison, elle est assaillie par les pigeons et elle est toute mouillée la moitié de l’année (sorry).


Enfin bref, autour du dôme y’a d’autres horreurs qu’il vaut mieux voir la nuit : la Galerie Vittorio Emmanuele, par exemple. Je sais pas bien de quand elle date, mais j’imagine que c’est XIXe vue la grandiloquence vomitive de la chose.

Là aussi on a du luxe et du lourd. Un peu trop peut-être. Sauf que c’est là que se trouve le café Gucci (oui oui on peut prendre un thé chez Gucci à Milan), et ça j’adoore !

Par contre ce que j’aime à Milan c’est la Piazza Mercanti : c’est une petite place d’origine médiévale, elle est là depuis longtemps, elle est calme et puissante à la fois.


Chacun de ses côtés date d’une époque différente (enfin je crois :-s), et puis y’a un buste caché, en haut d’un escalier. Un môssieur tout vert, avec la barbe noircie par le temps, un monsieur que de loin on dirait Molière mais quand on s’approche on voit ses grands yeux mélancoliques et sa bouche pincée qui cache bien tous les traits d’humours qui devait faire. Une plaque dit qu’il a été enseignant ici. Il a dû monter ces marches tous les jours ou presque, se remémorant la leçon en latin ou grec qu’il ferait. Je l’aime bien. Il me donne l’impression d’aller rendre visite à un parent âgé, pour un peu je me mettrais à lui parler ! C’est con… J’aime bien ce monsieur du XVIIe siècle qui regarde la ville depuis un petit coin tranquille, et qui doit bien se demander pourquoi un étudiant français portant une casquette à piercing (j’en reparlerai un de ces quatre) le mitraille de photos. Faut dire que la plaque dit qu’il s’appelle Carlo Maria Maggi, le « môssieur tout vert » dont parlera ma thèse…

Voilà pour ce qui est de la Milan « belle », comme je la vois à chaque fois que j’y passe pour quelques heures ou quelques semaines ! Enfin Milan c’est aussi l’accumulation obscène de scooters, vespas et motos, le bruit des trams, et surtout surtout les effluves (non Mélikah pas des japonais voyons) de la pollution.
Milan c’est peut-être beau mais dieu que ça pue !