Flip flap, confiture et pas de géant




Un blog sur les chaussures, des reportages dans la rue, des articles de fond et plein d'autres choses... Un hommage a Carrie!





Enfin des chaussures discrètes, à l'image du personnage sont portées par l'italianisant Théo : des mocassins marrons à lacets et bouts carrés d'une modestie exemplaire. 
Ne vous fiez pas aux apparences, elles ne sont pas moins pire que les précédentes, elles sont d'ailleurs destinées à les remplacer. Ce sont de véritables baskets de pauvres, achetées à 19E50 chez Eram à Metz. Elles ont un fini effet "plastique" incomparable et, comme on peut le voir sur cette image une moche bande blanche sur le côté. Oui, je contre cette bande blanche, non je ne trouve pas qu'elle leur donne une dimension particulièrement aérodynamique. Mais pourquoi, bon sang, pourquoi faut-il toujours qu'il y ait une bande blanche ? ou même une bande d'une autre couleur ? pourquoi interdit-on à la basket de pauvres d'être sobre à défaut d'être classe ? s'agit-il d'une manipulation des classes dirigeantes par le biais des magasins de chaussures qui se servent de ces bandes comme d'un marqueur social ? Mais il existe pire que la basket à bande blanche dans le milieu de la basket populo : la basket blanche ou grise, véritable fléau dans notre pays, généralement accompagnée du survêtement réglementaire ou pire encore d'un pseudo pantalon africain.
De la basket moche et crade, voilà, ça aussi ça existe dans le E81 (disons E81c pour ne choquer personne). De bonnes vieilles groles sans prétention, faites pour ne pas être regardées, pour être cachées sous un jean voulu trop long. D'où cette photo de chaussures apeurées, voyant la lumière du jour et s'offrant au regard du spectateur pour la première fois ou presque, toutes étonnées d'être soudain le centre de l'attention. Elles semblent sorties d'un buisson en bêtes non pas sauvages mais simplement timides.
Vous me direz, pareille faute de goût ou absence de gôut n'est pas digne de l'idéal presque "couture" perpétué par les E81-istes...non, certes, cette image est loin des baskets fashion résidant en E81d mais une chaussure si humble chez une femme élégante prend parfois la valeur d'un aveu. Le pied se cache pudiquement, la démarche habituellement féline se fait neutre, utilitaire. C'est le corps tout entier qui se simplifie, il n'est plus le lieu de projection des désirs venant tant de l'esprit qui l'habite que de ceux qui le regardent. Le corps désexualisé se fait simple refuge de l'esprit, se fait maison, se fait temple. Les fleurs sont ridicules face à un pied intouchable.






Puisque Stéf sort l'artillerie lourde je me dois de répliquer en conséquence : je dégaine donc l'arme fatale. J'ai toujours été contre les chaussures pointues, beaucoup trop "pseudo fashion de Marly"...mais quand nous nous sommes rencontrées toutes les trois ça a été le coup de foudre : les talons sont tout simplement parfaits, 8,5 cm de haut, larges à la base pour assurer la stabilité du pied et fins à l'extrêmité ce qui assure une classe absolue avec un jean :

Les lacets qui s'entrecroisent tout le long du mollet sont on ne peut plus sexy, la texture de ces bottes entretenues avec amour est de plus d'une douceur incomparable...et les pointes me direz-vous ? Comment ai-je pu revenir de mes idéaux avec autant de légèreté ? Après tout ne serais-ce pas une leçon de tolérance que nous apportent ces bottes ? Sont-elles vraiment si pointues que nous le pensons ou ne serais-ce pas plutôt notre regard affuté qui les taille en biseau au gré de nos préjugés ? En effet sur cette photo ne ressemblent-elles pas plutôt à de belles fleurs noires s'épanouissant en corolle ? (Carrie tu n'a qu'à bien te tenir, attention j'arrive!) Je vous laisse méditer...
Une petite dédicace pour Marc qui veut toujours me les enlever..."Il n'y a pas d'être plus malheureux sous le soleil qu'un fétichiste qui languit après une bottine et qui doit se contenter d'une femme entière."(Karl Kraus)



"Le crocodile est une chaussure qui bâille de la semelle." Ramon Gomez de la Serna
